[Crise démocratique au Niger] Analyse de la gouvernance et du coup d’État en cours

Abidjan, le 1er ao?t 2023 (crocinfos.net) Le Niger conna?t actuellement des moments difficiles qui interrogent sur la solidit? du processus d?mocratique en cours depuis la Conf?rence nationale. Depuis son accession ? la magistrature supr?me, le Pr?sident Bazoum a donn? maintes fois des signes d?une volont? sinc?re d?am?liorer la gouvernance politique en tentant notamment de s?attaquer ? la corruption et ? l?impunit?. Des pesanteurs internes ? son parti ainsi que la complexit? des relations avec certains de ses amis, ? commencer par son pr?d?cesseur, ont manifestement restreint son champ d?action et l?ont emp?ch? d?incarner pleinement son r?le de chef de l?Etat. C?est dans ce contexte que vient de se produire un coup d?Etat dont les motifs invoqu?s par ses protagonistes ne trompent pas sur les motivations r?elles. Comme ? l?accoutum?e, les int?r?ts du pays et de la population passent apr?s l?avidit? du pouvoir et les gu?guerres de clans. Les changements anticonstitutionnels, qu?ils soient militaires ou par le biais d??lections irr?guli?res, aboutissent au d?sordre et au recul de l?esprit d?mocratique. S?il faut souhaiter un d?nouement pacifique et heureux pour le pays, il devra n?cessairement s?accompagner d?une remise en question des m?thodes progressivement install?es depuis des ann?es qui ont ramen? le pays ? l??poque du Parti-Etat. Ces d?rives ont abouti ? un affaiblissement des institutions r?publicaines r?guli?rement mises ? rude ?preuve par une gouvernance partisane et clanique. ??Les changements anticonstitutionnels, qu?ils soient militaires ou par le biais d??lections irr?guli?res, aboutissent au d?sordre et au recul de l?esprit d?mocratique.?? Personne ne peut nier l?urgence d?un changement de gouvernance. Le grief fait au Pr?sident Bazoum par certains ? camarades ? de son parti, serait, selon des sources cr?dibles, d?avoir d?cid? de se lib?rer de l?emprise de son mentor et de vouloir enfin s?assumer devant les Nig?riens et la communaut? internationale. La communaut? internationale s?est montr?e complaisante et silencieuse face aux d?rives autoritaires et aux exc?s de la mal gouvernance dont le Pr?sident lui-m?me n?est finalement qu?une victime. Ce silence hypoth?que gravement aujourd?hui la sinc?rit? et la cr?dibilit? des appels au retour ? un ordre constitutionnel dont les b?n?fices sont demeur?s invisibles aux citoyens, lesquels seront alors peu mobilisables pour la d?fense d?un syst?me qui ne les a point servis et enclins ? succomber au chant des sir?nes, quelles qu?elles soient. Quand le Pouvoir civil s?enferme dans des pratiques despotiques conjugu?es ? des comportements de pr?dation qui font fi de l?int?r?t g?n?ral, il court toujours le risque de voir sa l?gitimit? et ses arguments r?publicains s?effriter. Les acquis d?mocratiques sont r?guli?rement malmen?s par des politiciens v?reux qui en font un slogan pour mieux les saborder. Le parti qui dirige le pays depuis plus de dix ans s?est progressivement ?loign? des id?aux qui ont suscit? tant d?espoir de voir advenir enfin une gouvernance moderne orient?e vers la construction d?un Etat de droit. Malheureusement, l?aile affairiste du parti a tr?s vite pris le dessus et le Pr?sident Bazoum, quelles qu?aient ?t? ses vell?it?s, n?a pas eu les mains suffisamment libres pour pouvoir s?en abstraire, encore moins pour prendre des mesures afin de rectifier la qualit? de la gouvernance. Une multitude d?affaires de corruption souvent bien document?es demeurent bloqu?es par le Pouvoir politique qui ne parvient manifestement pas ? les faire instruire. L?impuissance du Pr?sident Bazoum ? assumer la responsabilit? de leur traitement par la justice a r?v?l? aux Nig?riens le caract?re par trop limit? de son pouvoir et les a conduits ? s?interroger sur son v?ritable r?le ? la t?te du pays. Il donne, en effet, l?impression de n??tre qu?un ?l?ment d?un dispositif de gouvernance qui le d?passe, sa fonction de Pr?sident de la R?publique ?tant souvent ?clips?e par d?autres sources de pouvoir visiblement plus puissantes et agissantes. D?aucuns y voient un brin de na?vet? souvent pr?sent?e comme loyaut? envers son pr?d?cesseur. ??Personne ne peut nier l?urgence d?un changement de gouvernance. Le grief fait au Pr?sident Bazoum par certains ? camarades ? de son parti, serait, selon des sources cr?dibles, d?avoir d?cid? de se lib?rer de l?emprise de son mentor et de vouloir enfin s?assumer devant les Nig?riens et la communaut? internationale.?? Ce dernier ne manque pas une occasion de signifier, ? qui veut comprendre, qu?il demeure dans le jeu et que sa volont? compte encore dans la gestion des affaires du pays. C?est d?ailleurs l?activisme envahissant de Mahamadou Issoufou, et l?ambigu?t? qui en d?coule, qui fait dire ? certains qu?il tient un r?le significatif dans la crise actuelle. Cela est corrobor? par l?agitation des chancelleries ?trang?res autour de lui. C?est ? se demander s?il est m?diateur ou partie prenante de la crise. La confusion autour de ce coup d?Etat s?expliquerait par une multitude d?acteurs et d?agendas dans un contexte g?opolitique caract?ris? par des rivalit?s de plus en plus pressantes de certaines puissances internationales. Quoi qu?il advienne, la classe dirigeante du pays devra se ressaisir en r?duisant l??cart entre sa pratique d?sastreuse du pouvoir politique et les discours sur la d?mocratie, la r?publique et ses institutions, servis trop commod?ment au peuple et surtout ? la communaut? internationale. ABDOULAHI ATTAYOUB Consultant Lyon (France) 31 juillet 2023

Abdoulahi ATTAYOUB fait une analyse approfondie de la crise démocratique actuelle au Niger, mise en lumière de la gouvernance politique, des défis du Président Bazoum, des enjeux de la communauté internationale et des motifs du coup d’État en cours.