[Conflit foncier à Adjamé] À quel jeu joue le maire Farikou sur le centre sportif et commercial en face de Fraternité Matin ?

Abidjan, le 18 octobre 2024 (crocinfos.net) – Le mardi 15 octobre 2025, la mairie d’Adjamé, sous la direction de Soumahoro Farikou, a procédé à la démolition du centre sportif et commercial situé au carrefour Indénié, en face du groupe de presse Fraternité-Matin. Ce complexe, géré par la société Label International de l’opérateur économique Koné Mamadou, était au cœur d’un projet d’aménagement signé en 2016 avec le District autonome d’Abidjan. La démolition a déclenché une vive controverse.

Le lendemain, mercredi 16 octobre, Koné Mamadou a prononcé une conférence de presse à Cocody-Angré, où il a dénoncé cette destruction comme un « abus de pouvoir » et une tentative d’appropriation illégale d’un site qu’il gère légitimement depuis près de dix ans. « Nous avons respecté tous nos engagements, en signant des conventions en bonne et due forme », a-t-il martelé, soulignant que la mairie d’Adjamé avait pourtant suivi toutes les étapes du projet depuis ses débuts.

Contexte historique du projet

L’origine du centre remonte à mai 2015, quand le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme a initié un projet transnational reliant Paris, Cotonou et Abidjan. L’objectif était de revitaliser des espaces urbains vulnérables. Le District d’Abidjan a alors obtenu un titre foncier (TF n° 5823) sur une parcelle de 8232 m² au carrefour Indénié. En février 2016, une convention d’aménagement a été signée entre Robert Beugré Mambé, gouverneur du District d’Abidjan, et Koné Mamadou, PDG de Label International.

Koné Mamadou, PDG de Label International (à droite), dénonce la démolition de son centre sportif et commercial

Le projet visait à créer un complexe sportif et commercial, comprenant des terrains de football, basketball et handball, des vestiaires, des kiosques, une conciergerie, un restaurant, des blocs sanitaires, un lavage auto, et des locaux poubelles. Selon Koné Mamadou, la parcelle, auparavant une déchèterie inondée à chaque pluie, était extrêmement difficile à aménager. Toutefois, après des investissements colossaux estimés à plus de 317 millions FCFA, Label International a réussi à transformer cet espace.

Des engagements réciproques

La convention stipulait des engagements clairs pour les deux parties. Le District d’Abidjan devait fournir à Label International tous les documents administratifs nécessaires et garantir un droit de préférence à la société sur la location des ouvrages réalisés. Label International, pour sa part, s’était engagée à financer entièrement les travaux et à respecter les normes en vigueur en matière d’urbanisme. En contrepartie, la société devait gérer le site une fois les travaux achevés, sous la supervision du District.

Le projet, qui représentait un défi tant technique que financier, a permis de métamorphoser une zone autrefois décrite comme un coupe-gorge en un espace moderne, sécurisé et viable économiquement. Cependant, selon Koné Mamadou, c’est justement ce succès inattendu qui a éveillé les convoitises de la mairie d’Adjamé.

Les accusations de Koné Mamadou

Koné Mamadou dénonce ainsi ce qu’il considère être une trahison de la part de la mairie d’Adjamé. « Soumahoro Farikou nous a laissé faire le sale boulot, mais une fois que nous avons réussi à transformer le site, il est venu nous déposséder », a-t-il déclaré. Il affirme que la mairie a encaissé illégalement les taxes liées à l’exploitation commerciale du site pendant des années, avant de soudainement réclamer la propriété du terrain en 2024.

En effet, selon le maire d’Adjamé, le site en question relève de la juridiction communale, conformément à une nouvelle loi sur la gestion des collectivités territoriales. Il estime que la convention signée entre le District d’Abidjan et Label International est caduque, car le District n’avait pas autorité pour céder un terrain appartenant à la commune.

Participation active de la mairie d’Adjamé au projet

Toutefois, Koné Mamadou conteste vigoureusement cette version des faits. Il rappelle que la mairie d’Adjamé a participé activement à plusieurs formations organisées dans le cadre du projet Paris-Cotonou-Abidjan. Entre 2012 et 2024, des représentants de la mairie ont suivi des modules sur la gestion des espaces urbains et la planification territoriale, ce qui prouve, selon lui, leur connaissance et leur implication directe dans le projet.

Le maire prélévait illégalement des taxes sur ce site  »exceptionnel »

« Le maire Farikou ne peut pas dire qu’il n’était pas informé du projet », a insisté le PDG de Label International, en présentant des documents attestant de la correspondance régulière entre son entreprise et la mairie d’Adjamé.

Les suites judiciaires à venir

Face à cette situation, Koné Mamadou a annoncé son intention de saisir le District autonome d’Abidjan pour clarifier la situation et engager des poursuites judiciaires contre la mairie d’Adjamé. Selon lui, la destruction du complexe sportif et commercial constitue une violation flagrante des engagements pris par le District et la mairie.

Le patron de Label International est déterminé à faire valoir ses droits. Son service juridique est déjà à pied d’œuvre pour préparer une action en justice visant à obtenir des compensations pour la destruction des infrastructures qu’il a financées. Koné Mamadou se dit prêt à aller jusqu’au bout pour que justice soit faite.

Réaction du maire d’Adjamé

De son côté, Soumahoro Farikou, dans une interview accordée au journal Le Nouveau Réveil le 18 octobre 2024, a défendu la position de la mairie. Il affirme que le site appartient à la commune d’Adjamé et que toute convention signée par le District d’Abidjan est sans effet. Le maire a également évoqué les dispositions légales qui confèrent aux communes la gestion de leur patrimoine, en affirmant que le centre sportif et commercial fait partie des actifs de la mairie.

Le conflit entre la mairie d’Adjamé et Koné Mamadou est loin d’être résolu, et les prochaines semaines seront décisives pour déterminer l’avenir du site au carrefour Indénié. La part de vérité du District autonome est beaucoup attendu dans ce dossier.

Sériba Koné